Tarantino et l'opéra

Timothée Picard, enseignant-chercheur à l'université Rennes 2 et initiateur avec Jean Cléder du festival des Transversales Cinématographiques, propose une courte analyse à propos de la musique choisie par Quentin Tarantino dans son dernier film Django Unchained.
Dans Django unchained, qui vient de sortir, variation virtuose sur le genre du « western spaghetti » se déroulant aux États-Unis peu avant l’abolition de l’esclavage, Quentin Tarantino propose en effet un pastiche grotesque et terrifiant de la célèbre séquence « wagnérienne » du film de Griffith Naissance d'une nation : l'évocation ambiguë du Ku Klux Klan sur fond de "Chevauchée des Walkyries" revisitée. Mais Tarantino choisit pour sa part d’accompagner cette scène d’un extrait du Requiem de Verdi. Ce n’est pas tout. Dans le film, l’esclave noire à laquelle est liée le héros éponyme porte le nom de Broomhilda / Brünnhilde. La jeune femme, apprend-on lors d’une longue séquence consacrée à l’exégèse de la mythologie des Nibelungen, s’appelle ainsi par la volonté de ses maîtres d’origine germanique (la langue allemande joue d’ailleurs un rôle important dans l’intrigue du film). Elle trouve en Django, esclave affranchi devenu chasseur de primes, un Siegfried inattendu mais explicite : le finale du film réécrit à sa manière, bien dans la veine du réalisateur, grandiose et archi violente, opératique et stylisée, la légende de la belle endormie, du rocher entouré de flammes, et du héros qui ne connaît pas la peur."
Extrait d'un livre à paraître.
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