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Xavier Sabata, le contre-ténor à contre-courant.

Publié le par L'Art & la Manière

Traîtres, faux frères, conjurés... Les héros malfaisants de Haendel ont trouvé en qui s'incarner.

Le vent tourne, dans la stratégie marketing des contre-ténors. Fini les voix d'ange bon chic bon genre qui font rêver de pureté ; périmée, leur imagerie sulpicienne de séraphins asexués. L'heure est désormais au frisson d'effroi, aux mauvais garçons, à la délinquance en timbre noir. Ancienne recrue du Jardin des Voix de William Christie — un label de qualité baroque qui ne trompe pas —, l'Espagnol Xavier Sabata est le premier, en couverture de son enregistrement, à tomber le masque : crâne rasé, visage tatoué et mine patibulaire, de retour de Cayenne plutôt que du jardin des Hespérides. Et à revendiquer de bas instincts, recrutant sa bande de « bad guys » dans les opéras de Haendel, où complotent faux frères (Ptolémée, dans Jules César en Egypte), traîtres en embuscade (Aldebert, dans Othon, roi de Germanie) et autres jaloux oedipiens (Egée, dans Thésée).

Haendel destine à ces voix de contre-ténors malfaisants des « airs de furie » assassins, avec mitraillage obligé de vocalises, canonnades en règle de l'orchestre. Mauvais garçon mais fin limier, Xavier Sabata s'est allié à un gang instrumental venu d'Italie, expert dans le braquage orchestral sans bavure : Il Pomo d'Oro, dirigé d'un archet flingueur par le violoniste Riccardo Minasi. Enfin, mauvais garçon mais coeur d'or, le chanteur réserve un cadeau-surprise aux auditeurs de son CD : une piste cachée. Ne la ratez pas. Deux minutes après la dernière plage (un extrait d'Amadis de Gaule) s'élève une tendre élégie amoureuse, extraite de Rinaldo (« Sorge nel petto »). Comme s'il fallait cette ruse éditoriale pour que le contre-ténor révèle en secret sa nature réelle, et son talon d'Achille : un coeur d'artichaut. Mauvais sujet, mais bon fond. — Gilles Macassar (Télérama)

... il ferait presque peur !

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